Août 1915 : le conflit s'enlise depuis un an et après l'échec des plans élaborés avant la guerre (plan Schlieffen, plan XVII), aucun des antagonistes ne semble en mesure d'enlever la décision à bref délai, les progressions les plus spectaculaires se limitant à quelques centaines de mètres. Une bataille qui consomme beaucoup d'hommes et de munitions... Dans ce contexte, l'armée française est sans doute la plus pénalisée car elle a commencé les hostilités avec une artillerie bien moins conséquente que celle de son adversaire. Il faut donc par tous les moyens alimenter la bataille et recourir à tous les expédients. Or, un constat s'impose : les quatre grandes places du Nord-Est (Verdun, Toul, Epinal et Belfort) regorgent de matériels, de munitions et de vivres et elles mobilisent des garnisons importantes pour rien car, exception faite de Verdun, elles se situent à une certaine distance du front et ne sont d'aucune utilité directe dans la bataille. Le 5 août 1915, le gouvernement français promulgue un décret particulier : les grandes places fortes du Nord-Est doivent être désarmées, ce qui implique qu'elles soient non seulement vidées de leurs pièces d'artillerie mais aussi de leurs munitions, de leurs vivres... et de leurs garnisons. La place de Verdun - la plus proche du front - sera intégrée aux troupes de campagne et deviendra la RFV (Région Fortifiée de Verdun). Décision logique que les événements ultérieurs (1916 - Verdun) rendront discutable, elle trouve en tous cas son origine dans la tenue médiocre des places belges et françaises en août-septembre 1914 : dévastées par l'artillerie allemande, trop vite tombées aux mains de l'ennemi, elles semblent avoir démontré les limites de la fortification permanente dans la guerre moderne. Est-ce réellement le cas ?