Les réflexions qui vous sont proposées sur l'année 1916 sont intriduites par un article du prefesseur Jean-Jacques Becker consacré à l'évolution de l'historiographie de la Grande Guerre. Les suivants montrent comment, à l'insu des combattants, la guerre et la bataille changent de visage en 1916.
Les grandes batailles de Verdun et de la Somme apparaissent alors sous un jour nouveau, celui de la fin des "grandes batailles européennes". Elles expriment également l'émergence d'une guerre nouvelle, bientôt décrite comme "totale", industrielle et économique, dans laquelle les concepts de production et de consommation de masse, aussi aberrants soient-ils dans leur application, l'emportent sur toute autre considération. L'homme en sort broyé et désorienté. Le haut commandement n'en prend la juste mesure qu'avec une extrême lenteur lorsque le contrôle postal lui en rend compte : "Ils savent qu'ils sauvent la France mais aussi qu'ils vont mourir sur place" (juillet 1916). Négligeant trop ces hommes qui "connaissent l'incommunicable" pour reprendre l'expression de Maurice Genevoix, le haut commandement ne perçoit pas une autre évolution de la guerre, celle de la capacité des hommes à refuser d'être "vainement broyés", apparue à Verdun dès le mois de mars, et à exiger, avec Montherlant dans Chant funèbre, de comprendre la finalité de leur sacrifice : "Je reste pour juger un jour, quels bonheurs valaient que tu périsses."