Pourquoi, près d'un siècle après la Grande tragédie de 1914-1918, la publication de cet ouvrage, très bien illustré, mettant en scène les habitants d'Anthy sur Léman ? D'abord parce que les auteurs ont voulu témoigner, sous forme de Chroniques de Guerre, du quotidien des habitants de ce village rural du début du 20e siècle ; parce qu'il s'agit là d'une oeuvre littéraire, transposition d'un passionnant travail de recherche d'archives et de témoignages qui apportent un éclairage, parfois étrange, sur cette horrible guerre en rapportant les correspondances de "poilus" du pays. Eloignés dans un monde chaotique, parcours à la fois banal et tragique qui ne leur a guère laissé le temps de goûter aux plaisirs de l'existence, immense entreprise de destruction du corps et de l'âme et pourtant, par la pudeur de leurs propos, ils semblent ne rien vouloir dire de l'horreur qu'ils subissent chaque jour pour ne penser qu'à ceux qu'ils ont laissé au pays, femmes, soeurs, parents et amis, avec le fol espoir de connaître enfin l'épilogue heureux qui les ramènera vers eux. Hélas, une trentaine sont morts sous d'autres cieux, Berry-au-Bac, Vailly, Ostel, Baccarat, Dompierre-en-Santerre, ils ne reverront jamais la petite église d'Anthy où le curé de l'époque, Alphonse Tissot, a prié et fait prier pour le repos éternel de "Celui qui croyait au Ciel. Celui qui n'y croyait pas" (Louis Aragon).