Louis Leleu, engagé volontaire à 21 ans, a traversé la Grande Guerre de 1914 à 1918, des Flandres aux Vosges. Quitte à s'engager, il choisit d'être musicien-brancardier : au moins contribuera-t-il ainsi à apaiser les coeurs et à sauver les corps... Son témoignage, délibérément humble, exprime avec une malicieuse bonhomie ce qu' "un simple soldat de deuxième classe a vu de son petit coin, toujours assez large pour y être bousillé mille fois et plus". Mais plus que les inévitables scènes de guerre, cruelles, absurdes et révoltantes, il a voulu évoquer les forces de vie que furent, durant cette épreuve, l'amour de la musique, l'attachement aux siens et à sa région natale - le Nord, qu'il savait exposé au feu de l'ennemi - la compassion pour tous les combattants, fussent-ils du camp adverse, et surtout l'indéfectible camaraderie qui l'a uni à son orchestre, à son escouade ou à son équipe de brancardiers. Ce récit, Louis Leleu l'a longuement mûri de la fin de la guerre jusqu'en 1958. Il en achève la rédaction en 1962, peu avant sa mort. Trente ans plus tard, le hasard d'une découverte dans les archives familiales a permis au manuscrit, repris par l'une de ses petites-nièces, d'aller enfin et selon ses voeux à la rencontre de futurs lecteurs.