"Plusieurs années de recherches et d’analyses ont été nécessaires pour mener à bien cette étude qui m’est chère. En effet, compulser quelque 50 000 livrets matricules individuels des Corses mobilisés fut une expérience sociologique et humaine majeure. Sur trente-cinq classes d’âge comprises entre 1886 et 1920 (c’est-à-dire ceux qui ont eu vingt ans à chaque année concernée), j’ai répertorié 8 007 morts pour la France. Avec une classe d’incorporation, 1913, qui a le plus payé son implication : 631 décès sur 2 278 appelés et engagés auxquels il faut adjoindre 674 blessés au moins une fois, soit 57,29% de l’effectif total. L’analyse des livrets matricules permet, également, d’infirmer un mythe social, celui de l’illettrisme. Les soldats corses, paysans ou prolétaires en très grande majorité, savaient, pour la plupart, lire et écrire ou possédaient le niveau du certificat d’étude. Ainsi, au front, s’exprimait leur double appartenance ethnique : ils rédigeaient leurs lettres en français et ils parlaient la langue maternelle entre eux. La Grande Guerre a irrémédiablement déstructuré la société corse. Environ 65% des insulaires qui la firent ne se réinstallèrent pas dans leur ville ou dans leur village natal. Photographies, correspondances et carnets de route illustrent et ponctuent cet ouvrage. Ce sont des témoignages et des analyses qu’un Corse s’est attaché à rassembler avant qu’il ne soit trop tard".