L'année 1918 est décisive pour l'issue de la Grande Guerre. Cela peut sembler une lapalissade mais dès l'hiver 1917-1918, les Alliés, comme les Allemands, en sont convaincus. Deux événements majeurs se sont produits en 1917 et leurs conséquences n'ont pas été immédiates : l'entrée en guerre des Etats-Unis, en avril et la révolution d'octobre en Russie. Les Allemands, pensant pouvoir mettre à genoux la Grande-Bretagne grâce à la guerre sous-marine à outrance, ont pris délibérément le risque de voir l'Amérique entrer dans le conflit. Il s'agit d'un risque calculé par Ludendorff : d'une part, sur la foi des rapports de l'Amirauté, il pense, à juste titre, que l'Angleterre est arrivée au bout de ses ressources maritimes. D'autre part, les Etats-Unis sont un géant économique, mais un nain militaire : leur armée est bonne à patrouiller dans les réserves indiennes ou à surveiller la frontière mexicaine, mais pour le reste, elle n'est certainement pas en mesure d'affronter la meilleure armée du monde (l'armée allemande) sur le théâtre européen. Il lui faudra des mois pour s'entraîner et recevoir de l'armement dont elle ne dispose pas : en effet, contrairement à ce qui se déroulera en 1943-1944, l'US Army n'a aucun matériel et doit TOUT recevoir des Alliés, et tout particulièrement des Français : chars, avions, canons. Ludendorff sait tout cela. A l'évidence, l'entrée en guerre des Etats-Unis ne modifie en rien les rapports des forces sur le front Ouest jusqu'à l'été ou l'automne 1918. Mais pourquoi réussirait-il là où l'Allemagne a échoué en 1914 ? En raison de la révolution bolchévique et du traité de Brest-Litovsk, qui met la Russie hors de la guerre et permet à l'Allemagne de ne plus combattre que sur un seul front : la France. Cela offre d'un coup à l'armée allemande une supériorité numérique qu'elle avait perdu depuis la montée en puissance de l'armée britannique. Il lui faut donc attaquer au plus vite : à la fin de l'hiver. Les Alliés ne sont pas aveugles. Ils connaissent parfaitement la situation et durant l'hiver 1917-1918, ils ont pris des mesures pour faire face à l'imminente offensive allemande. Les deux camps savent donc que l'année 1918 sera décisive. Les Allemands espèrent l'emporter avant l'été. Les Alliés pensent pouvoir résister à l'offensive adverse et, à l'image du général Pétain, attendent "les chars et les Américains". C'est donc une course de vitesse qui s'engage au début de l'année 1918. Nous vous invitons à en découvrir différents aspects dans ce numéro exceptionnel de Batailles.